Comment l'IA peut (et doit) participer à la montée en compétences
29 avril
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Considérée, souvent à tort, comme une menace pour l’emploi, l’intelligence artificielle peut, au contraire, s’imposer comme un levier de développement des compétences. Sous réserve d’en maîtriser les usages et de conserver une approche critique. Un « profil type » qui attise grandement les convoitises sur le marché du travail.
« Grand remplacement », destruction des emplois, affaiblissement de l’esprit critique… L’intelligence artificielle (IA) et la démocratisation de ses usages auprès du grand public, depuis maintenant plus de trois ans, cristallisent de nombreuses craintes.
Diverses inquiétudes qu’il convient néanmoins de relativiser, comme s’évertue à le faire l’étude HR Pulse, diligentée par le cabinet de recrutement Humanskills et sa directrice générale, Hymane Ben Aoun, qui exhorte les potentiels candidats à, notamment, affûter leur esprit critique et faire preuve de créativité… tout en intégrant l’IA à leurs pratiques.
« L’esprit critique, c’est la capacité à se questionner, à interroger une donnée, un chiffre, une information ou un contenu, et à l’aborder de manière prudente et analytique », explique la dirigeante. Et de poursuivre son raisonnement et sa vision d’un esprit critique plus affûté par l’entremise d’une intelligence artificielle savamment dosée. « Si un profil junior peut utiliser l’IA pour s’aider sur un dossier ou comprendre un sujet, mais qu’il ne connaît pas bien ce sujet, il peut produire des résultats aberrants sans s’en rendre compte. Tandis qu’à l’inverse, lorsqu’un jeune avec de l’esprit critique utilise l’IA pour challenger l’information et vérifier les données avant d’accepter ce que l’outil lui propose, il peut atteindre un résultat comparable à celui d’une personne plus expérimentée. »
Car une mise au point – certes évidente de prime abord – s’impose : l’intelligence artificielle n’est pas créative, à la différence de celui qui la guide, l’interroge et l’exploite. « L’IA peut aider à produire du contenu ou des créations, mais elle n’est pas créative en soi. La création vient du créatif, et l’IA sert uniquement d’outil. Plus un créatif est talentueux, plus l’outil devient puissant. Avec l’IA, des campagnes incroyables peuvent être réalisées à moindre coût, mais sans créativité humaine, aucun résultat impactant n’émerge », complète Hymane Ben Aoun.
La créativité valorisée
Ce volet « créatif », toujours en complément d’une maîtrise de l’IA et de ses enjeux, est particulièrement prisé par les organisations, comme en atteste cette étude qui met en exergue le fait que les « soft skills » deviennent essentielles, car elles permettent de faire ce que l’IA ne sait pas faire, comme susmentionné, à savoir collaborer, s’adapter et donner du sens aux actions.
Face à l’IA, la pensée analytique, l’intelligence émotionnelle, la créativité et l’esprit critique sont listées, toujours selon l’étude, comme quatre soft skills en plein essor, car véritablement créatrices de valeur. « Les soft skills restent essentielles et ne sont pas remplaçables par l’IA. Ces compétences humaines, combinées à une utilisation responsable de l’IA, permettront de développer des projets plus ambitieux et de libérer du temps pour l’échange et l’humain », explicite Hymane Ben Aoun. La personnalité devient tout aussi importante que la maîtrise technique.
De facto, un créatif talentueux doté de soft skills, couplé à un usage maîtrisé de l’intelligence artificielle, ne va guère laisser insensibles certaines entreprises désireuses d’attirer ces profils dans leurs filets. Quitte à y mettre (largement) les moyens. « Sur l’évolution des rémunérations, notamment pour les profils spécialisés en IA, il n’y a pas de surprise : ce sont eux qui ont vu leur salaire progresser significativement, de l’ordre de 5 à 14 % », confirme l’instigatrice de cette étude.
Dans le détail, plusieurs fonctions sont aujourd’hui particulièrement recherchées, à commencer par celle de Chief AI Officer, chargé de piloter la stratégie d’intelligence artificielle de l’entreprise. S’y ajoutent les profils de CTO ou Chief Technology Officer et de Chief Product Officer (CPO)… dès lors que leurs missions intègrent pleinement l’IA, de la conception des produits à leur industrialisation et leur monétisation.
Les « green skills » en plein essor
Autre thématique mise en lumière par l’étude HR Pulse : l’essor des « green skills », ces compétences liées notamment au bâtiment bas carbone, à la mobilité durable, au reporting extra-financier, aux énergies solaire et éolienne, à l’économie circulaire, à la gestion des déchets ou encore à l’audit énergétique.
Entre 2023 et 2024, la demande mondiale de professionnels dotés de ces compétences a progressé de 12 %. Ainsi, dans les services publics, 23,1 % des offres d’emploi exigent désormais une « green skill », tandis que dans le bâtiment, cette proportion atteint 20,6 %. En France, cette approche fondée sur les compétences a permis de tripler la taille du « vivier vert » de talents.
« Les green skills prennent de plus en plus d’importance. Même dans un contexte économique contraint, les entreprises recherchent des profils ayant une expertise green combinée à une expertise métier. Par exemple, un directeur des achats avec des compétences RSE a plus de valeur sur le marché qu’un directeur des achats classique », confirme Hymane Ben Aoun. De quoi permettre aux talents de transformer les défis d’aujourd’hui en opportunités de demain.
Pour lire l’article complet des Echos :